mardi, mars 25, 2008

Le cinéma à Montréal dans les années trente

Le cinéma à Montréal pendant les années 1930

C’est la Crise. Pour attirer les chômeurs et leurs familles, certains cinémas ouvrent le matin autour de neuf heures. Certaines salles de quartier offrent des programmes triples. On distribue de la vaisselle, on fait tirer au sort des sacs d’épiceries… Le prix d’entrée baisse. Les salles les plus prestigieuses présentent des spectacles de vaudeville en sus des films. En 1931, la star québécoise Pauline Garon fait une tournée de dix villes canadiennes. Elle apparaît au Loew’s de Montréal pendant une semaine, en juillet 1931. La ville lui réserve un accueil aussi chaleureux que spectaculaire : des centaines de personnes l’attendent à la gare Bonaventure et le maire Camilien Houde lui remet les clefs de la ville.

Un studio ambulant arrive à Montréal au cours d’un été. C’est dans un camion, stationné en face du cinéma, qu’on fait une démonstration de tournage.

Il est interdit aux enfants de moins de seize ans d’aller au cinéma, sauf dans certaines villes indépendantes comme Outremont qui ont leurs propres lois municipales. Mais ils peuvent assister à des projections dans les sous-sols d’église.

Avant l’invention de l’air climatisé, les plus petites salles ferment l’été. J’ai vu une photo d’un petit cinéma, sur la rue Sainte-Catherine près de Bourbonnière, avec des panneaux bilingues qui annonçaient la fermeture estivale. Les mots en anglais étaient beaucoup plus gros que ceux en français même si la population d’Hochelaga-Maisonneuve était presque à 100% francophone à l’époque.

Presque tous les films à l’affiche sont américains et en anglais, y compris ceux projetés dans les sous-sols d’église. Même le Français (aujourd’hui le Métropolis) ne projette que des films en anglais! Il n’y a pas encore de vues animées doublées en français à Montréal.

Il y a des belles salles, richement décorées, dans tous les quartiers. Mais les plus somptueuses se trouvent toutes au centre-ville, sur la rue Sainte-Catherine : le Palace, le Strand, le Capitol et, la plus grande de toutes avec ses trois mille places, le Loew’s. Leurs décorateurs n’ont pas lésiné sur le marbre, les moulures rococos et les murales. Comme au théâtre, on peut y louer une loge et les fauteuils d’orchestre sont plus chers que les places au balcon.

Tous les cinémas, sauf les plus modestes, emploient des ouvreurs et des ouvreuses en uniforme.

Les comptoirs de friandises n’existent pas encore. Pendant les entr’actes, des employés vendent des bonbons, des cacahuètes et des esquimaux dans la salle.

J’ignore si on pouvait fumer dans les salles de Montréal.

La censure au Québec est la plus sévère du monde. Les producteurs doivent payer pour les coupures. Au Etats-Unis, les films se terminent souvent par un baiser ardent. Au Québec, on ajoute à cette fin une séquence de mains qui enfilent des anneaux de mariage pour confirmer que les amoureux se sont bel et bien mariés.

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