Petits textes sur Montréal
Le centre-ville la nuit
Montréal, quand la nuit est encore teintée du rose orangé du crépuscule éteint. Le centre-ville, avec ses tours de béton, de plexiglas et de lumière électrique, ressemble à n'importe quelle autre grande ville des Etats-Unis ou du Canada. Comme tous les gens avec un peu d'imagination, il m'arrive de laisser mon âme prendre son envol et se poser sur tous les petits carrés illuminés qui ressemblent aux étoiles d'un peintre cubiste, mais je ne vois rien d'autre que de la lumière anonyme dans laquelle s'agitent ou se reposent des solitudes dont les histoires me resteront pour toujours inconnues. La lune est pleine et, sous son regard vaporeux, le fleuve chatoie comme une écharpe de soie bleue indigo. Je préfère ma ville la nuit quand elle se farde de mystère et de magie; le jour, elle m'ennuie un peu parce que je la connais trop.
La montagne, Westmount et le centre-ville
Montréal, le jour, vue du sommet de la montagne. Elle est belle dans sa robe d'automne, qui semble réchauffer son corps de ciment et de béton, mais sans élégance. Au bal des grandes villes du monde, elle ferait sans doute tapisserie, trop enuyeuse pour être la cavalière de Paris et trop calme pour danser le fox-trot avec New York. Mais je la vois peut-être avec des yeux trop usés par l'habitude… elle danserait sans doute un tango endiablé avec Madrid!
À droite, sur les premiers contreforts de la montagne, c'est Westmount, longtemps le fief exclusif de la haute bourgeoisie anglophone avec ses grandes demeures victoriennes ou tudoresques. Dans les vieilles comédies québécoises, on voit souvent un Canadien français s'installer à Westmount à la grande indignation de ses voisins anglophones, tous plus bornés, chauvins, gourmés, snobs, constipés et ridicules les uns que les autres. Et très mal habillés, avec des vêtements qu'ils avaient dû acheter à une vente de garage de Buckingham Palace!
L’Université McGill et le Mont-Royal en automne
Le Canada n’a jamais eu de souverains qui ont fait construire des châteaux à leur gloire. Mais les anciens rois du chemin de fer, du bois, de la bière et des industries ont érigé des demeures et des institutions qui ressemblaient à des petits palais britanniques. Mégalomanie typiquement victorienne et nord-américaine, paraît-il. McGill est l’université la plus ancienne de l’Amérique du nord. Nous nous promenons sur le campus, lentement, sans nous hâter…
Le carré Saint-Louis, maisons victoriennes
Ces anciens hôtels particuliers dans un quartier canadien-français, divisés en deux logements ou plus, ressemblent beaucoup à plusieurs maisons sur l'avenue de l'Esplanade, où se trouvait le Chaînon. Comme j'aimerais habiter dans l'un de ces appartements… Les intérieurs, avec leur cachet vieillot, sont magnifiques… Et les jardinets devant les maisons sont souvent adorables, avec des chats qui se prélassent au soleil…
Escaliers sous la neige
Une absurdité: des escaliers extérieurs dans une ville où les hivers durent presque cinq mois et où il peut neiger beaucoup! À Montréal, dans les anciens quartiers ouvriers, ils sont rois. Mon petit immeuble possède son escalier extérieur. Sur la carte postale qui représente les quatre saisons, la rue sur la photo "Été" ressemble beaucoup à la mienne…
Le quartier latin, rue Saint-Denis
Un endroit très animé l'été. Beaucoup de restaurants luxueux et encore plus de petits trous miteux. L'écriteau à droite offre des pointes de pizza à 45 cents l'unité. J'aime bien la "pizza à 99 cennes", surtout celle aux épinards et au fromage, mais je n'ai jamais osé goûter à celle à "45 cennes". À ce prix-là, on peut se demander de quel animal vient le pepperoni et de quelle substance est constitué le fromage! Idéal pour les jeunes étudiants fauchés avec des estomac en béton…
L'Oratoire Saint-Joseph
À la fin du siècle dernier, un humble frère convers, portier d’un internat pour garçons, vouait une dévotion intense à Saint Joseph, père « adoptif » de Jésus et patron des travailleurs catholiques. Alfred Bessette avait le pouvoir de guérir les gens en frottant l'endroit malade avec ce qu’il appelait « l’huile de Saint Joseph », et sa réputation se répandit peu à peu à travers toute l’Amérique de Nord. Il réussit à faire bâtir une chapelle à flanc de montagne et s’installa dans une chambre minuscule à l’arrière de ce bâtiment. Un petit bureau y était aussi aménagé, où il pouvait accueillir les visiteurs, surtout des grands malades que seul un miracle pouvait guérir. Dans les années 20, mon arrière-grand-mère, accompagnée de sa fille cadette, monta jusqu’à la chapelle. C’était une malade chronique qui passait presque tout son temps au lit. Le « frère André », qui ne se servait plus de son huile depuis très longtemps et qui ne touchait presque plus jamais les malades, secoua la tête et lui dit qu’il ne pouvait rien pour elle. « Vous n’avez pas la foi, Madame, et sans la foi dans votre cœur, je ne puis rien pour vous, car c’est la foi qui guérit, pas moi. » Dans les années trente, on érigea l’énorme lieu de culte qui est réputé comme étant le lieu le plus saint au Canada, notre Lourdes à nous. La décoration intérieure n’a pas changé depuis les années quarante et je la trouve plutôt laide. C’est de l’art très, très naïf, avec une armée d'anges et de saints pastels sur des murs aux dorures fanées. Déjà, à l’époque de l’ouverture, ce devait être le temple du mauvais goût clinquant! Un acte de dévotion, c’est de gravir les marches extérieures jusqu’à l’Oratoire à genoux. Dans mon enfance, j’y allais souvent avec ma grand-mère, mais on prenait toujours le mini-bus jusqu’en haut. Un jour, à la boutique, on m’a acheté une chaîne avec une petite croix couleur d’or. J’avais 10 ans et la chaîne a fondu sur ma peau… J’avais déjà du démon en moi!


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