La solitude d'une "grand-mère infanticide" (La Patrie, 1962)
Janvier1950. Les services sociaux de Montréal multiplient les démarches pour enlever deux petits garçons à leur mère. Ils sont de "père inconnu" et la mère est indigente.
Madeleine Lacas habite dans une bicoque aussi exigüe que misérable avec les enfants et leur grand-mère, Mme Joseph Lacas, âgée de 51 ans. La grand-maman, qui a les crèches en horreur, s'est juré qu'aucun enfant de sa famille n'y irait jamais. Et elle ne veut surtout pas que les petits soient adoptés, ce qui voudrait dire qu'elle les perdrait à jamais.
Pour sa part, du moins d'après les journaux, Madeleine n'est pas contre leur placement dans un orphelinat, ni même leur éventuelle adoption.
Le taudis se trouve au bord du fleuve, au 4598 Notre-Dame Est. Une journée encore plus grise que les autres, le 17 janvier, Mme Lacas décide que les gamins seraient plus heureux au ciel qu'à la crèche. Elle les installe dans une voiture d'enfant et pousse celle-ci dans le fleuve.
Jean a 3 ans, Pierre-Paul 18 mois.
Ensuite, elle va se livrer à la police.
Dans sa cellule, elle arrache sa robe et en fait une corde pour se pendre. Après cette tentative de suicide, on lui passe la camisole de force.
Plus tard, elle est transférée à la prison pour femmes de la rue Fullum.
20 décembre 1962: Reportage dans La Patrie.
"Libre comme le vent, après 12 années de détention, le sort à voulu qu'une femme dans la soixantaine soit maintenant condamnée à passer son premier Noël en liberté clouée sur un lit d'hôpital."
Sur la photo, Mme Lacas, qui a environ 63 ans, en paraît au moins 75. Elle est petite et frêle dans sa chemise de nuit immaculée et lève vers l'homme à son chevet un regard interrogatif. Cet homme est l'avocat qui lui a évité la peine de mort, Me Philippe Panneton. Au fil des années, Me Panneton n'a jamais abandonné Mme Lacas et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer ses conditions de détention.
Pendant toutes ses années en prison, l'espoir qui faisait vivre Mme Lacas était celui d'une réunion avec sa fille. Mais un accident à la jambe a nécessité une opération et Madeleine se trouve à bien des "milles" de distance...
Madeleine Lacas habite dans une bicoque aussi exigüe que misérable avec les enfants et leur grand-mère, Mme Joseph Lacas, âgée de 51 ans. La grand-maman, qui a les crèches en horreur, s'est juré qu'aucun enfant de sa famille n'y irait jamais. Et elle ne veut surtout pas que les petits soient adoptés, ce qui voudrait dire qu'elle les perdrait à jamais.
Pour sa part, du moins d'après les journaux, Madeleine n'est pas contre leur placement dans un orphelinat, ni même leur éventuelle adoption.
Le taudis se trouve au bord du fleuve, au 4598 Notre-Dame Est. Une journée encore plus grise que les autres, le 17 janvier, Mme Lacas décide que les gamins seraient plus heureux au ciel qu'à la crèche. Elle les installe dans une voiture d'enfant et pousse celle-ci dans le fleuve.
Jean a 3 ans, Pierre-Paul 18 mois.
Ensuite, elle va se livrer à la police.
Dans sa cellule, elle arrache sa robe et en fait une corde pour se pendre. Après cette tentative de suicide, on lui passe la camisole de force.
Plus tard, elle est transférée à la prison pour femmes de la rue Fullum.
Reconnue "criminellement responsable" de la mort de ses deux petits-enfants, Mme Lacas est condamnée à la prison à vie.
20 décembre 1962: Reportage dans La Patrie.
"Libre comme le vent, après 12 années de détention, le sort à voulu qu'une femme dans la soixantaine soit maintenant condamnée à passer son premier Noël en liberté clouée sur un lit d'hôpital."
Sur la photo, Mme Lacas, qui a environ 63 ans, en paraît au moins 75. Elle est petite et frêle dans sa chemise de nuit immaculée et lève vers l'homme à son chevet un regard interrogatif. Cet homme est l'avocat qui lui a évité la peine de mort, Me Philippe Panneton. Au fil des années, Me Panneton n'a jamais abandonné Mme Lacas et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer ses conditions de détention.
Pendant toutes ses années en prison, l'espoir qui faisait vivre Mme Lacas était celui d'une réunion avec sa fille. Mais un accident à la jambe a nécessité une opération et Madeleine se trouve à bien des "milles" de distance...
"Je me sens seule, confie-t-elle à Me Panneton, aussi seule que ce jour où vous m'avez retrouvée derrière les barreaux, une accusation de meurtre suspendue au-dessus de ma tête."
Pour le reporter, elle revit ce qui s'est passé, en ce jour tragique.
La terreur des services sociaux, le jeu de cache-cache qu'elles "jouaient" depuis quelque temps, elle et sa fille, pour empêcher que les enfants ne leur soient enlevés, une voiture devant leur maison que Mme Lacas a cru reconnaître comme celle de l'employé des services sociaux, un moment de folie, la voiture d'enfant poussée dans le fleuve...
"Peu après, je me retrouvais toute seule dans les cellules de la police, seule d'une solitude affreuse qui allait me poursuivre pendant douze ans.
Je viens de reprendre ma liberté, mais je ne me suis pas défaite de la solitude."

