jeudi, novembre 04, 2010

La solitude d'une "grand-mère infanticide" (La Patrie, 1962)

Janvier1950. Les services sociaux de Montréal multiplient les démarches pour enlever deux petits garçons à leur mère. Ils sont de "père inconnu" et la mère est indigente.

Madeleine Lacas habite dans une bicoque aussi exigüe que misérable avec les enfants et leur grand-mère, Mme Joseph Lacas, âgée de 51 ans. La grand-maman, qui a les crèches en horreur, s'est juré qu'aucun enfant de sa famille n'y irait jamais. Et elle ne veut surtout pas que les petits soient adoptés, ce qui voudrait dire qu'elle les perdrait à jamais.

Pour sa part, du moins d'après les journaux, Madeleine n'est pas contre leur placement dans un orphelinat, ni même leur éventuelle adoption.

Le taudis se trouve au bord du fleuve, au 4598 Notre-Dame Est. Une journée encore plus grise que les autres, le 17 janvier, Mme Lacas décide que les gamins seraient plus heureux au ciel qu'à la crèche. Elle les installe dans une voiture d'enfant et pousse celle-ci dans le fleuve.

Jean a 3 ans, Pierre-Paul 18 mois.

Ensuite, elle va se livrer à la police.

Dans sa cellule, elle arrache sa robe et en fait une corde pour se pendre. Après cette tentative de suicide, on lui passe la camisole de force.

Plus tard, elle est transférée à la prison pour femmes de la rue Fullum.

Reconnue "criminellement responsable" de la mort de ses deux petits-enfants, Mme Lacas est condamnée à la prison à vie.


20 décembre 1962: Reportage dans La Patrie.

"Libre comme le vent, après 12 années de détention, le sort à voulu qu'une femme dans la soixantaine soit maintenant condamnée à passer son premier Noël en liberté clouée sur un lit d'hôpital."


Sur la photo, Mme Lacas, qui a environ 63 ans, en paraît au moins 75. Elle est petite et frêle dans sa chemise de nuit immaculée et lève vers l'homme à son chevet un regard interrogatif. Cet homme est l'avocat qui lui a évité la peine de mort, Me Philippe Panneton. Au fil des années, Me Panneton n'a jamais abandonné Mme Lacas et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer ses conditions de détention.

Pendant toutes ses années en prison, l'espoir qui faisait vivre Mme Lacas était celui d'une réunion avec sa fille. Mais un accident à la jambe a nécessité une opération et Madeleine se trouve à bien des "milles" de distance...


"Je me sens seule, confie-t-elle à Me Panneton, aussi seule que ce jour où vous m'avez retrouvée derrière les barreaux, une accusation de meurtre suspendue au-dessus de ma tête."


Pour le reporter, elle revit ce qui s'est passé, en ce jour tragique.


La terreur des services sociaux, le jeu de cache-cache qu'elles "jouaient" depuis quelque temps, elle et sa fille, pour empêcher que les enfants ne leur soient enlevés, une voiture devant leur maison que Mme Lacas a cru reconnaître comme celle de l'employé des services sociaux, un moment de folie, la voiture d'enfant poussée dans le fleuve...


"Peu après, je me retrouvais toute seule dans les cellules de la police, seule d'une solitude affreuse qui allait me poursuivre pendant douze ans.


Je viens de reprendre ma liberté, mais je ne me suis pas défaite de la solitude."




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dimanche, janvier 03, 2010

Noël dans une famille d'indigents

1962: deux journalistes de La Patrie passent une journée, peu avant Noël, chez des assistés sociaux. Le père a de graves problèmes de santé et ne peut plus travailler, sa femme et lui ont dix enfants... Tout ce petit monde a emménagé récemment dans un logement de quatre pièces. Auparavant, ils s'entassaient dans une seule pièce sur la rue de Bullion.

Le Bien-Être Social de Montréal accorde 173 dollars par mois à la famille. Voici un budget typique:

Nourriture: 100$ (10$ par personne!)
Loyer: 45$
Chauffage: 10$
Électricité: 5$
Pilules: 6$
Divers: 5$

Les enfants n'ont pas de pyjamas chauds pour l'hiver.

Mme Cochu veut offrir un beau Noël à ses enfants. À lui tout seul, l'arbre lui coûtera 1$.

Mme Cochu affirme qu'elle ne veut plus avoir d'enfant. Mais comme les moyens de contraception étaient très limités en 1962...

Selon le Inflation Calculator, le pouvoir d'achat de 173$ en1962 équivalait à celui de 1213,66$ en 2010.

Aujourd'hui, cette famille de dix enfants logerait dans un grand appartement dans une habitation à loyer modique, elle n'aurait pas à payer l'électricité, le chauffage et les médicaments, et elle recevrait beaucoup plus que 1213,66$ par mois. Ce qui n'empêcherait sans doute pas ses membres de crier misère.

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dimanche, décembre 06, 2009

L'actrice Antoinette Giroux en 1921


samedi, novembre 28, 2009

Photo journal du 27 Novembre 1965

En 1965, pour se marier l'esprit tranquille au Québec, il faut un revenu annuel de 4213$. Presque 36% de ce revenu est consacré à la nourriture.

Le courrier du coeur d'Édith Serei.

Théo Sarapo songe à se remarier avec un mannequin du nom de Françoise.

La musique de Roger Matton.

Cours pour devenir "infirmière pratique" (ancêtre du préposé aux bénéficiaires?)

Fermeture en vue du Théâtre National si rien n'est fait pour le sauver.

Publicité pour des "verres cornéens" "directs sur l'oeil".

Michèle Tisseyre trouve que le costume des hôtesses de l'Expo est affreux.

Pierre Lalonde, "le visage de la jeunesse".

Publicité des pilules Fémol pour le retour d'âge chez la femme.

L'actrice Monique Lepage offre des cours de personnalité par correspondance.

Publicité du "fameux liniment blanc" du Dr Hervay contre toutes les douleurs physiques imaginables.

La plupart des femmes adorent les ventes de janvier!

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vendredi, novembre 20, 2009

La Fée électricité et la beauté 1929


Une photo d'Edwina Booth qui devait abandonner tous les appareils électriques plus ou moins nécessaires au maintien de sa beauté afin d'aller tourner Trader Horn en Afrique.
A picture of actress Edwina Booth, who had to give up all of the electric appliances more or less necessary to the maintenance of her beauty, in order to go to Africa for the filming of Trader Horn.

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jeudi, septembre 03, 2009

La pilule contraceptive en 1965

En 1965, huit des vingts médecins catholiques interrogés par Le Photo Journal refusaient de prescrire la pilule pour des raisons purement... contraceptives. Du reste, la plupart des patientes demandaient la pilule pour avoir des menstruations plus régulières.

lundi, juillet 06, 2009

On achevait bien les chevaux...


Oups! Je viens de m'apercevoir que j'ai piqué cette photo aux frères Gravenor, du fascinant et élégant blog Coolopolis. Sorry, guys! Please give my best regards to Chimples.

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L'une des premières bennes à ordures?

La mode des années 1970 dans toute son horreur


Ces dames, possiblement la mère et la fille, portent fièrement leurs manteaux Sirbain. Dire que l'on croyait que c'est beau à l'époque. Ma mère rêvait d'un Sirbain et, en attendant, nous portions des manteaux et des chapeaux identiques en fourrure de lapin. Elle avait 25 ans, j'en avait 4. Heureusement que le quétaine ne tue pas, sinon je ne taperais pas ces lignes aujourd'hui.

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Gloria Swanson dans les ruines du Roxy à New York

Cette photo est l'une des plus tristes que j'ai jamais vues... Norma Desmond, toujours magnifique et altière, dans les ruines de sa gloire d'antan!

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dimanche, septembre 21, 2008

Petite scandaleuse! (1926)

Une écolière "dévergondée"!

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Parc Dominion à Montréal en juillet 1931

Publicité parue dans La Patrie. L'entrée d'un adulte coutait dix cents... On pouvait y faire des ballades d'aéroplane ou y admirer la plus petite maman et le plus petit bébé au monde.

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jeudi, juillet 03, 2008

Poudre pour bébés 1926

Cliquer sur l'image pour la voir en grand format.

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Cheveux courts chez les femmes: DANGER! 1926

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mardi, mars 25, 2008

Petits textes sur Montréal

Inspirés par des cartes postales. Je les ai écrits pour un ami français, en 2003.

Le centre-ville la nuit

Montréal, quand la nuit est encore teintée du rose orangé du crépuscule éteint. Le centre-ville, avec ses tours de béton, de plexiglas et de lumière électrique, ressemble à n'importe quelle autre grande ville des Etats-Unis ou du Canada. Comme tous les gens avec un peu d'imagination, il m'arrive de laisser mon âme prendre son envol et se poser sur tous les petits carrés illuminés qui ressemblent aux étoiles d'un peintre cubiste, mais je ne vois rien d'autre que de la lumière anonyme dans laquelle s'agitent ou se reposent des solitudes dont les histoires me resteront pour toujours inconnues. La lune est pleine et, sous son regard vaporeux, le fleuve chatoie comme une écharpe de soie bleue indigo. Je préfère ma ville la nuit quand elle se farde de mystère et de magie; le jour, elle m'ennuie un peu parce que je la connais trop.

La montagne, Westmount et le centre-ville

Montréal, le jour, vue du sommet de la montagne. Elle est belle dans sa robe d'automne, qui semble réchauffer son corps de ciment et de béton, mais sans élégance. Au bal des grandes villes du monde, elle ferait sans doute tapisserie, trop enuyeuse pour être la cavalière de Paris et trop calme pour danser le fox-trot avec New York. Mais je la vois peut-être avec des yeux trop usés par l'habitude… elle danserait sans doute un tango endiablé avec Madrid!

À droite, sur les premiers contreforts de la montagne, c'est Westmount, longtemps le fief exclusif de la haute bourgeoisie anglophone avec ses grandes demeures victoriennes ou tudoresques. Dans les vieilles comédies québécoises, on voit souvent un Canadien français s'installer à Westmount à la grande indignation de ses voisins anglophones, tous plus bornés, chauvins, gourmés, snobs, constipés et ridicules les uns que les autres. Et très mal habillés, avec des vêtements qu'ils avaient dû acheter à une vente de garage de Buckingham Palace!

L’Université McGill et le Mont-Royal en automne

Le Canada n’a jamais eu de souverains qui ont fait construire des châteaux à leur gloire. Mais les anciens rois du chemin de fer, du bois, de la bière et des industries ont érigé des demeures et des institutions qui ressemblaient à des petits palais britanniques. Mégalomanie typiquement victorienne et nord-américaine, paraît-il. McGill est l’université la plus ancienne de l’Amérique du nord. Nous nous promenons sur le campus, lentement, sans nous hâter…

Le carré Saint-Louis, maisons victoriennes

Ces anciens hôtels particuliers dans un quartier canadien-français, divisés en deux logements ou plus, ressemblent beaucoup à plusieurs maisons sur l'avenue de l'Esplanade, où se trouvait le Chaînon. Comme j'aimerais habiter dans l'un de ces appartements… Les intérieurs, avec leur cachet vieillot, sont magnifiques… Et les jardinets devant les maisons sont souvent adorables, avec des chats qui se prélassent au soleil…

Escaliers sous la neige

Une absurdité: des escaliers extérieurs dans une ville où les hivers durent presque cinq mois et où il peut neiger beaucoup! À Montréal, dans les anciens quartiers ouvriers, ils sont rois. Mon petit immeuble possède son escalier extérieur. Sur la carte postale qui représente les quatre saisons, la rue sur la photo "Été" ressemble beaucoup à la mienne…

Le quartier latin, rue Saint-Denis

Un endroit très animé l'été. Beaucoup de restaurants luxueux et encore plus de petits trous miteux. L'écriteau à droite offre des pointes de pizza à 45 cents l'unité. J'aime bien la "pizza à 99 cennes", surtout celle aux épinards et au fromage, mais je n'ai jamais osé goûter à celle à "45 cennes". À ce prix-là, on peut se demander de quel animal vient le pepperoni et de quelle substance est constitué le fromage! Idéal pour les jeunes étudiants fauchés avec des estomac en béton…

L'Oratoire Saint-Joseph

À la fin du siècle dernier, un humble frère convers, portier d’un internat pour garçons, vouait une dévotion intense à Saint Joseph, père « adoptif » de Jésus et patron des travailleurs catholiques. Alfred Bessette avait le pouvoir de guérir les gens en frottant l'endroit malade avec ce qu’il appelait « l’huile de Saint Joseph », et sa réputation se répandit peu à peu à travers toute l’Amérique de Nord. Il réussit à faire bâtir une chapelle à flanc de montagne et s’installa dans une chambre minuscule à l’arrière de ce bâtiment. Un petit bureau y était aussi aménagé, où il pouvait accueillir les visiteurs, surtout des grands malades que seul un miracle pouvait guérir. Dans les années 20, mon arrière-grand-mère, accompagnée de sa fille cadette, monta jusqu’à la chapelle. C’était une malade chronique qui passait presque tout son temps au lit. Le « frère André », qui ne se servait plus de son huile depuis très longtemps et qui ne touchait presque plus jamais les malades, secoua la tête et lui dit qu’il ne pouvait rien pour elle. « Vous n’avez pas la foi, Madame, et sans la foi dans votre cœur, je ne puis rien pour vous, car c’est la foi qui guérit, pas moi. » Dans les années trente, on érigea l’énorme lieu de culte qui est réputé comme étant le lieu le plus saint au Canada, notre Lourdes à nous. La décoration intérieure n’a pas changé depuis les années quarante et je la trouve plutôt laide. C’est de l’art très, très naïf, avec une armée d'anges et de saints pastels sur des murs aux dorures fanées. Déjà, à l’époque de l’ouverture, ce devait être le temple du mauvais goût clinquant! Un acte de dévotion, c’est de gravir les marches extérieures jusqu’à l’Oratoire à genoux. Dans mon enfance, j’y allais souvent avec ma grand-mère, mais on prenait toujours le mini-bus jusqu’en haut. Un jour, à la boutique, on m’a acheté une chaîne avec une petite croix couleur d’or. J’avais 10 ans et la chaîne a fondu sur ma peau… J’avais déjà du démon en moi!

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Le cinéma à Montréal dans les années trente

Le cinéma à Montréal pendant les années 1930

C’est la Crise. Pour attirer les chômeurs et leurs familles, certains cinémas ouvrent le matin autour de neuf heures. Certaines salles de quartier offrent des programmes triples. On distribue de la vaisselle, on fait tirer au sort des sacs d’épiceries… Le prix d’entrée baisse. Les salles les plus prestigieuses présentent des spectacles de vaudeville en sus des films. En 1931, la star québécoise Pauline Garon fait une tournée de dix villes canadiennes. Elle apparaît au Loew’s de Montréal pendant une semaine, en juillet 1931. La ville lui réserve un accueil aussi chaleureux que spectaculaire : des centaines de personnes l’attendent à la gare Bonaventure et le maire Camilien Houde lui remet les clefs de la ville.

Un studio ambulant arrive à Montréal au cours d’un été. C’est dans un camion, stationné en face du cinéma, qu’on fait une démonstration de tournage.

Il est interdit aux enfants de moins de seize ans d’aller au cinéma, sauf dans certaines villes indépendantes comme Outremont qui ont leurs propres lois municipales. Mais ils peuvent assister à des projections dans les sous-sols d’église.

Avant l’invention de l’air climatisé, les plus petites salles ferment l’été. J’ai vu une photo d’un petit cinéma, sur la rue Sainte-Catherine près de Bourbonnière, avec des panneaux bilingues qui annonçaient la fermeture estivale. Les mots en anglais étaient beaucoup plus gros que ceux en français même si la population d’Hochelaga-Maisonneuve était presque à 100% francophone à l’époque.

Presque tous les films à l’affiche sont américains et en anglais, y compris ceux projetés dans les sous-sols d’église. Même le Français (aujourd’hui le Métropolis) ne projette que des films en anglais! Il n’y a pas encore de vues animées doublées en français à Montréal.

Il y a des belles salles, richement décorées, dans tous les quartiers. Mais les plus somptueuses se trouvent toutes au centre-ville, sur la rue Sainte-Catherine : le Palace, le Strand, le Capitol et, la plus grande de toutes avec ses trois mille places, le Loew’s. Leurs décorateurs n’ont pas lésiné sur le marbre, les moulures rococos et les murales. Comme au théâtre, on peut y louer une loge et les fauteuils d’orchestre sont plus chers que les places au balcon.

Tous les cinémas, sauf les plus modestes, emploient des ouvreurs et des ouvreuses en uniforme.

Les comptoirs de friandises n’existent pas encore. Pendant les entr’actes, des employés vendent des bonbons, des cacahuètes et des esquimaux dans la salle.

J’ignore si on pouvait fumer dans les salles de Montréal.

La censure au Québec est la plus sévère du monde. Les producteurs doivent payer pour les coupures. Au Etats-Unis, les films se terminent souvent par un baiser ardent. Au Québec, on ajoute à cette fin une séquence de mains qui enfilent des anneaux de mariage pour confirmer que les amoureux se sont bel et bien mariés.

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Viande de qualité douteuse - 1926

Le Petit Journal, 8 novembre 1926.

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La mariée a douze ans! 1926

Le reporter ne semble pas choqué par la situation... Et pour cause, une fillette de 12 ans pouvait légalement se marier au Canada en 1931.

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Fumeur comme papa! Publicité de 1923

Produits miracles pour perdre du poids!


Six dollars pour des sels de bain! Beaucoup de gens ne gagnaient pas six dollars par semaine à cette époque! Quels prix exhorbitants!

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